L’investissement en start-up pour le musulman : réalités et précautions
Salam Aleykoum,
L’investissement en start-up fascine. Il évoque l’innovation, les success stories et les rendements exponentiels. Mais qu’en est-il réellement pour l’investisseur musulman soucieux de respecter les principes de la finance islamique ? Cet article vous propose une analyse approfondie de cette classe d’actifs, ses opportunités, mais surtout ses contraintes spécifiques.
Avertissement important : Cet article n’est en aucun cas un conseil en investissement. Son objectif est de vous sensibiliser aux enjeux de l’investissement en start-up et de vous apporter une perspective différente pour construire votre propre stratégie d’investissement, inchallah.
Comment gagne-t-on réellement de l’argent en start-up ?
Avant toute chose, il faut comprendre une réalité fondamentale : l’investissement en start-up est une question de probabilité. Les plus grands fonds d’investissement francophones et les business angels expérimentés vous le confirmeront.
Le modèle des fonds d’investissement
Observons les pratiques des venture capital (VC) spécialisés dans l’investissement start-up. Le constat est sans appel : ils misent sur la quantité. Ces fonds investissent chaque année dans 80 à 100 start-ups, soit environ deux investissements par semaine.
Et le résultat ? Entre 90 et 95 % de ces start-ups disparaîtront. Seule une toute petite partie génèrera des plus-values suffisantes pour compenser les pertes des autres.
Cette statistique bien connue du milieu entrepreneurial se vérifie année après année : 90 % des start-ups meurent au bout de 5 ans. Par “mourir”, on entend un dépôt de bilan, une trésorerie épuisée, un modèle économique qui ne fonctionne pas.
La stratégie est donc claire : multiplier les paris pour maximiser les chances d’avoir dans son portefeuille la pépite rare qui compensera toutes les pertes.
Le premier défi majeur : la rareté des opportunités licites
Imaginons qu’en France, 10 000 start-ups se lancent chaque année. Sur ce nombre, éliminons environ 3 000 projets non sérieux ou sans réelle chance de succès. Restent donc 7 000 start-ups potentielles.
L’arbitrage difficile du musulman
C’est ici que commence le véritable défi pour l’investisseur musulman. Sur ces 7 000 start-ups restantes, combien sont fondées par des entrepreneurs musulmans ? Le chiffre chute drastiquement.
Certes, investir dans une entreprise non dirigée par un musulman n’est pas interdit en soi. Cependant, cela expose à des risques supplémentaires, notamment celui de voir l’activité évoluer vers un secteur illicite. Avec le peu d’opportunités d’investissement licite disponibles, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de tels risques.
Plus encore, parmi les fondateurs musulmans, tous ne sont pas soucieux de respecter les critères islamiques dans leur gestion d’entreprise : nature de l’activité, taux d’endettement, sources de financement…
Un choix extrêmement limité
Posons-nous la question honnêtement : combien de start-ups françaises avez-vous identifiées qui réunissent ces trois critères ?
- Un potentiel de marché réel
- Des fondateurs musulmans
- Un engagement à respecter les principes de la finance islamique
La réponse tient sur les doigts d’une main, peut-être même d’une seule main par an.
Reprenons nos calculs probabilistes : si les grands fonds investissent dans 100 start-ups et en voient 90 mourir, que se passe-t-il quand nous n’avons accès qu’à 10 start-ups licites maximum par an ? Même en investissant dans ces 10 projets, statistiquement, 9 échoueront et un seul pourrait générer un rendement.
Les caractéristiques d’une start-up : comprendre le modèle
Une start-up se définit par plusieurs éléments spécifiques :
- Un caractère innovant : nouveau marché, nouvelle approche, problème résolu différemment, modèle de facturation inédit
- Un besoin de financement important au départ
- Une rentabilité différée : le modèle économique est volontairement perdant les premières années
- Une croissance rapide une fois le seuil de rentabilité atteint
Comment générer des profits ?
Dans l’investissement start-up, deux principaux mécanismes permettent de dégager des plus-values :
- L’entrée d’un nouvel investisseur qui rachète les parts des investisseurs initiaux à un prix supérieur
- Le rachat total de l’entreprise par une grande société
Les dividendes sont généralement exclus du modèle, car la start-up “brûle” son cash rapidement pour atteindre la rentabilité le plus vite possible.
Le deuxième obstacle : les conditions d’investissement illicites
Même pour les rares start-ups musulmanes viables, un autre problème se pose : qui détient la liquidité ?
Les fonds d’investissement (VC) sont ceux qui peuvent permettre les “événements de liquidité” (rachats de parts ou acquisitions). Or, la grande majorité d’entre eux imposent une condition problématique : la liquidité préférentielle.
Qu’est-ce que la liquidité préférentielle ?
C’est une clause contractuelle où le fonds d’investissement se protège en minimisant ses risques, reportant ainsi l’essentiel du risque sur l’entrepreneur. Concrètement, en cas de difficultés ou de vente, le fonds récupère son investissement en priorité, souvent avec un retour garanti minimum.
En islam, cette pratique n’est pas licite. Pourquoi ? Parce qu’elle viole le principe fondamental du partage équitable des risques et des bénéfices entre associés dans un projet commun.
Le fondateur musulman ne peut donc pas accepter l’argent d’un fonds d’investissement imposant de telles conditions. Cela réduit drastiquement le pool d’investisseurs potentiels et donc les chances de liquidité future.
Récapitulons la situation du musulman investisseur en start-up :
- Nombre de start-ups licites disponibles : extrêmement réduit
- Taux de mortalité à 5 ans : 90 %
- Fonds d’investissement acceptables : minoritaires (peut-être 10 % du marché)
Le troisième problème : des “start-ups” qui n’en sont pas vraiment
Un dernier point mérite notre attention. Beaucoup de projets présentés comme des “start-ups” dans l’écosystème musulman français n’ont pas véritablement de caractère innovant fort. Ce sont souvent des modèles économiques plus traditionnels (e-commerce, produits de consommation, retail) qu’on appelle “start-ups” pour l’attractivité du terme.
Cela a deux conséquences :
- Positif : Ces projets sont parfois moins risqués qu’une vraie start-up technologique
- Négatif : Leur potentiel de croissance exponentielle est également plus limité
La vigilance reste de mise
De nombreux aspects de l’investissement start-up peuvent poser des questions de licéité que beaucoup d’investisseurs ne se posent même pas, par manque de formation ou de compréhension. Investir “parce que le projet n’est pas haram” ne suffit pas. L’investissement est bien plus complexe qu’il n’y paraît, avec des contraintes juridiques et financières qu’il faut absolument maîtriser.
La pyramide patrimoniale : où placer les start-ups ?
Avant d’envisager d’investir en start-up, vous devez avoir construit des fondations solides :
- Un matelas de sécurité pour faire face aux imprévus
- Des réserves de valeur : or, métaux précieux (toujours selon les règles islamiques)
- De l’immobilier : un actif tangible et pérenne
- Et seulement ensuite : les start-ups
La règle des 5-10 %
L’investissement start-up devrait représenter au maximum 5 à 10 % de votre patrimoine total. C’est la dernière classe d’actifs à développer dans votre portefeuille.
Exemple pratique :
- Patrimoine total : 100 000 €
- Investissement start-up maximum : 10 000 €
- Répartition possible : 1 000 € dans 10 start-ups différentes
L’état d’esprit crucial
Partez du principe que l’argent investi en start-up est perdu au moment où vous l’envoyez. Si un jour vous recevez un appel vous annonçant que votre investissement a été multiplié par 3, 5 ou 10, tant mieux, alhamdulillah. Mais n’investissez jamais de l’argent dont vous avez besoin.
Conclusion : une classe d’actifs à manier avec précaution
L’investissement en start-up pour le musulman est semé d’embûches :
- Opportunités rares
- Probabilités défavorables
- Contraintes de licéité strictes
- Besoin d’expertise pointue
Cela ne signifie pas qu’il faut l’éviter complètement, mais plutôt l’aborder avec réalisme, prudence et connaissance. Cette classe d’actifs doit rester marginale dans votre stratégie patrimoniale globale.
Avant de vous lancer, posez-vous les bonnes questions :
- Ai-je les connaissances nécessaires pour évaluer cette opportunité ?
- Le projet respecte-t-il réellement tous les critères islamiques ?
- Puis-je me permettre de perdre totalement cet investissement ?
- Ai-je déjà sécurisé les fondations de mon patrimoine ?
Vous êtes responsable de vos propres choix d’investissement. Prenez vos décisions en fonction de votre situation personnelle, de vos objectifs financiers et de votre niveau de risque acceptable.
N’hésitez pas à partager en commentaire vos expériences avec l’investissement start-up, vos questionnements ou vos réussites. Ces échanges enrichissent toute la communauté.
Inchallah, cet article vous aura apporté des éléments de réflexion utiles pour votre parcours d’investisseur.
Salam aleykoum
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